Théorem est un univers fantastique contemporain développé autour d’un jeu de rôle, entièrement téléchargeable, et d’un roman, publié au rythme d’un chapitre toutes les deux semaines.

 

Assis seul à une table dans un coin sombre de l’auberge, Lupin attendait, impatient, que le tavernier vienne prendre sa commande. Ses pouvoirs lui avaient permis de retrouver meilleure mine, mais il ne s’agissait là que d’apparence. La vérité était toute autre : à trop chercher la vérité, il s’était affaibli. Ses affrontements successifs avec Saint Germain, Quasimodo et l’Archonte avaient épuisé une grande partie de ses réserves. Il était plus que temps qu’il retourne se ressourcer dans son domaine et pourtant, Arsène tenait à accomplir une dernière chose. Il pria le Tumulte pour ne pas avoir de mauvaise surprise cette fois, son anniversaire était sur le point de débuter, il ne pouvait décemment pas se permettre d’arriver en retard. Le tavernier arriva enfin du côté de Lupin, il posa ses gros doigts palmés sur la table et le fixa  de ses grands yeux globuleux en attendant que celui-ci commande quelque chose. Lupin connaissait la réputation des frères Grenouille, mais il n’avait encore jamais eu à faire à eux. Ils tenaient plusieurs établissements dans la capitale et s’étaient forgé un nom basé sur l’excellence de leur travail et le sérieux des informations qu’ils étaient capables d’emmagasiner lorsqu’on savait y mettre le prix. Ils s’étaient fait de nombreux contacts influents par ce biais et c’est pour cette raison que Lupin était venu. Il avait écouté le conseil de Quasimodo et désirait rencontrer Masque Rouge. Celui-ci, tout comme les trois autres grands esprits qui veillaient sur la capitale, était quelqu’un qu’on n’avait que rarement l’occasion de rencontrer. Malgré toute son influence, Lupin n’avait d’ailleurs jamais croisé un seul de ces esprits, même s’il les connaissait tous. Il y avait Fantômas, l’esprit de la Cité qui veillait à ce que la capitale reste toujours fidèle à elle-même, le fantôme de l’opéra, esprit des Arts, grand protecteur de la culture Française, le soldat Inconnu, l’esprit de la Guerre qui menait les armées de l’Agartha lors des batailles décisives face à l’Abysse et, celui qui intéressait Lupin aujourd’hui : Masque Rouge, l’esprit de l’Histoire. La rumeur voulait qu’il connaisse tout le passé de la capitale depuis bien avant qu’elle fût bâtie et qu’il soit apparu à ses souverains lorsque l’heure de leur trépas était proche. Lupin espérait lui soutirer les informations qui lui manquaient, le lien entre Isengrin, Esperanza et la drogue mais surtout : la nature exacte de la menace qui planait.

- Qu’est-ce que ce sera pour vous, monsieur ? croassa finalement le tavernier reconnaissant sans mal en Lupin le client peu enclin à consommer. 

- Des réponses.

Le tavernier écarquilla les yeux qu’il avait déjà naturellement immenses.

- Vous ne préférez pas une bière ?

- C’est Quasimodo qui m’envoie. Il m’a garanti que tu pourrais me présenter Masque Rouge.

- Je vois, répondit le tavernier avec un sourire en coin des plus déplaisants, mais si c’est des réponses que vous cherchez, vous frappez à la mauvaises porte. Le Masque ne vous apportera que de nouvelles questions.

- Je tente ma chance, je ne suis vraiment plus à ça près.

- Bien. Passez dans l’arrière-salle et descendez à la cave. Le troisième tonneau est creux, rentrez dedans.

Lupin sonda son interlocuteur du regard pour tenter de s’assurer de sa sincérité, celui-ci sourit encore plus franchement. Lupin frissonna.

- Vous aurez vos réponses en temps voulu, conclut la grenouille Humanoïde.

Sans rien dire de plus, il s’éloigna pour servir une autre table. Lupin décida de suivre les consignes : à trop hésiter, il risquait de se faire remarquer. Il se dirigea vers la cave et le troisième tonneau. Il trouva sans trop de difficulté le système d’ouverture et entra à l’intérieur. Loin de pénétrer dans un simple tonneau, il se retrouva dans un véritable couloir. Sans la moindre lumière pour le guider, ni aucune idée de la distance à parcourir, il s’y engouffra. Il marcha ainsi pendant ce qui lui parut des heures. À plusieurs reprises, il eut envie de faire demi-tour, songeant à son anniversaire qui devait déjà avoir commencé depuis un moment, mais jamais il ne renonça. Il progressa sans s’arrêter, dans les ténèbres les plus complètes, songeant à tout ce qui l’avait mené ici : sa course éperdue après une menace qu’il ne s’expliquait pas lui-même. Tout avait commencé, il y avait maintenant plus d’un mois, avec l’affaire de l’Archonte. Lupin ne s’en était pas occupé en personne, mais il l’avait surveillé de près. L’Archonte avait tenté d’envahir l’Ordinaire, mais ses plans avaient été contrecarrés par de jeunes Ordinaires. Malgré son échec, ses manipulations avaient tout de même permis de fragiliser la frontière séparant l’Abysse et l’Ordinaire permettant à plus d’Abyssaux que de coutume de s’infiltrer en Ordinaire. En soi, ce n’était pas vraiment un drame. La guerre opposant l’Agartha, l’Ordinaire et l’Abysse durait depuis la nuit des temps. Une invasion de plus ou de moins n’avait rien de très inquiétant. Le problème résidait dans les « à côté » de l’affaire. D’une part, les informations de Lupin laissaient entendre que l’Archonte aurait pu avoir des complices, mais Lupin ne voyait pas qui aurait bien pu vouloir s’associer à un fou pareil, et encore moins pour quelle raison. D’autre part, même si ça n’avait absolument rien à voir, il y avait le problème des Errants. Ceux-ci apparaissaient de plus en plus régulièrement. Le problème concernait principalement Masque de Fer, mais pouvait avoir de terribles répercussions sur le long terme car l’on ignorait toujours l’origine de ces créatures, ainsi que leur but, si elles en avaient un. Et pour finir, il y avait l’instinct de Lupin. Une longue vie de débauche lui avait enseigné une telle anticipation du danger qu’il était toujours très loin lorsque celui-ci frappait à la porte. C’est ce même talent aujourd’hui qui lui hurlait que de gros nuages de problèmes s’amoncelaient dans le ciel et qu’il ne pourrait probablement pas éviter l’averse de conséquences qui s’ensuivrait. Toutes ces zones d’ombre le rendaient nerveux et c’est l’esprit embrouillé par tous ces soucis qu’il s’était retrouvé devant Notre-Dame de Paris. Il s’y rendait souvent lors de ses escapades en Ordinaire. Il se sentait invariablement attiré par l’édifice, fait d’autant plus étrange qu’il l’évitait presqu’inconsciemment en Agartha. C’est à l’une de ces occasions qu’il l’avait croisé pour la première fois. Il s’était rendu en Ordinaire pour enquêter sur les événements troublants qu’il avait constatés dernièrement, mais surtout pour fuir les responsabilités de son royaume. Sa recherche d’information l’avait, sans qu’il s’en aperçoive, mené une fois de plus sur l’esplanade de la monumentale cathédrale au milieu des innombrables cars de touristes japonais. C’est là qu’il l’avait vue. Une jeune fille, à première vue comme les autres, mais avec un petit quelque chose en plus qui lui avait pourtant permis de la distinguer dans cette foule compacte. Il l’avait trouvée émouvante dans sa petite robe d’été. Elle l’avait immédiatement séduit. Bien entendu, la peur et la fatigue qui se lisait sur le visage de la jeune fille ne lui avaient pas échappé, mais il ne l’en avait trouvé que plus attirante. Il l’avait donc suivie pour en découvrir plus sur cette mystérieuse créature apeurée. Il lui était vite apparu que la belle était poursuivie et que c’était beaucoup plus sérieux qu’un amant éconduit ou qu’un mari jaloux. Dés qu’il avait eu l’occasion d’intervenir discrètement, il l’aida à s’échapper, même s’il dut pour cela reprendre sa véritable apparence (prenant par là même des risques inconsidérés). Une fois qu’il fut certain que la jeune fille était à l’abri, il lui avait envoyé Titi pour veiller sur elle en attendant d’en apprendre plus. Et il n’avait pas été déçu. Celui qui s’en prenait à cette jeune fille, un certain Alfonso, se trouvait au centre d’un trafic de drogue plutôt douteux et situé en plein cœur du territoire Ordinaire de Masque de Fer. Il était de plus lié à une histoire de fête aux sinistres conséquences derrière laquelle planait l’ombre d’Isengrin. Lupin savait bien que c’était impossible, mais quelqu’un se donnait en tout cas beaucoup de mal pour le faire croire. Il avait donc enquêté plus avant, allant de cul-de-sac en fausses pistes, sans jamais vraiment avancer. Il n’avait pas renoncé pour autant car l’heure était grave et il ne pouvait se permettre de fermer les yeux. Lupin réalisa qu’il n’était plus dans le couloir, il avait marché pendant si longtemps qu’il n’aurait su dire depuis combien de temps, ni même où il avait pu arriver. Autour de lui tout n’était que rouge. Il ne pouvait plus distinguer le haut du bas et eut l’impression de flotter. Une voix de stentor semblant venir de partout s’adressa à lui.

- Cela fait beaucoup de question pour un si petit renard.

- Vous êtes le Masque Rouge ? demanda Lupin en cherchant dans l’immensité pourpre qui l’entourait d’où pouvait bien venir la voix qui s’adressait à lui.

- Je suis celui qui connaît le passé et voit l’avenir.

- J’ai besoin de réponses. Je sens que quelque chose de grave va arriver, mais je n’ai aucun moyen de l’empêcher.

Une brise légère souffla qui joua dans les arbres et taquina leurs feuilles. Lupin se trouvait désormais en rase campagne en bordure de forêt. Le ciel était bleu et le climat tempéré. L’ambiance était champêtre et apaisante et pourtant, Lupin sentit comme une menace poindre.

- Reconnais-tu ce lieu ?

- Ça ressemble au Malzieu, répondit Lupin à contrecœur, mais aucune voix ne lui répondit. Il se tourna dans ce décor bucolique à la recherche de son interlocuteur, mais il ne trouva rien. Se tournant à nouveau, il faisait désormais face à Notre-Dame. À la nature s’était substitués le bitume et les pavés.

- Et maintenant ? tonna la voix 

- C’est Notre-Dame, bien sur, mais pourquoi me montrer ça ?

- Ton passé n’est que fuite et mensonge. Tu n’as pas hésité à tout oublier dans les bras de Dame Vep pour en arriver là. Voilà la réponse que tu cherches.

- Je ne comprends rien à ce que vous me racontez.

Devant Lupin, la cathédrale s’embrasa, bientôt suivie de tout Paris. Le feu consuma la ville en une fraction de seconde. Tout n’était désormais plus que flamme autour de Lupin. Son esprit résonnait du fracas de l’édifice s’effondrant sur lui-même mêlé aux cris inhumains des Abyssaux venus tout détruire sur leur passage ainsi qu’aux hurlements de terreur de leurs victimes. Le vacarme manqua de rendre Lupin fou. Il voulut se boucher les oreilles, mais le silence se fit brutalement. Comme un coup de tonnerre annonciateur du châtiment divin, la terre trembla sous le coup d’une patte gigantesque se posant sur les décombres de la ville en flammes. Lupin faisait désormais face à un loup titanesque. Sa fourrure aussi sombre que la nuit obscurcissait le ciel et étouffa les flammes. 

- C’est impossible, bredouilla Lupin, contrôlant difficilement le tremblement de ses jambes.

 

- Tu pensais vraiment pouvoir te débarrasser de moi petit frère ?

Lupin n’avait guère plus que la taille d’un insecte pour le loup. Sans réfléchir, il prit ses jambes à son coup. Courant à travers les décombres de la ville désormais morte. Les monumentales mâchoires du loup fondirent sur lui en un éclair et l’engloutirent goulûment. Lupin était désormais enveloppé de ténèbres.

- Une fois de plus, tu fuis ton passé, fit Masque Rouge 

- J’en ai fini avec tout ça ! protesta Lupin. C’était une autre vie.

- L’histoire ne meurt pas parce qu’on décide de l’oublier

- Je n’ai rien oublié. J’ai payé et j’ai mérité tout ce que je possède. Je ne fuis plus.

- Tes choix, même s’ils t’ont parus judicieux n’ont fait que creuser notre tombe. Tant que tu n’assumeras pas ta vérité, tu ne pourras pas sauver l’Agartha du péril qui le menace.

- Aidez- moi à sauver l’Agartha au lieu de me sortir vos banalités, s’emporta Lupin en battant l’air autour de lui dans l’espoir d’y trouver quelqu’un ou quelque chose à saisir. C’est facile de se cacher derrière vos tours de passe-passe. Montrez-vous ! 

- Il n’est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. En cherchant ta liberté à toute force, tu n’as fait que te construire une prison. Ouvre les yeux et peut-être que tu ne m’auras pas fait perdre mon temps.

Lupin voulu protester, mais c’était trop tard. Où qu’il fut, il n’y était plus. Il le sentait dans tout son être. Le ciel était noir, la nuit était tombée. Il n’était jamais venu dans cet endroit, mais il le reconnut de suite. Il se trouvait dans le jardin interdit de la Bibliothèque Nationale de France. Pas si loin que ça de son point de départ en somme. Le plus discrètement du monde, il sortit du jardin et pénétra la bibliothèque. Elle était quasi-vide. Il se faufila jusqu'à trouver un portail vers l’Agartha, peut-être n’avait-il pas encore raté son anniversaire.

 

- Tu es sûr, nous ne te verrons pas cette année non plus ?

Parée de ses plus somptueux atours, Dame Vep était alanguie dans sa chambre, sur une somptueuse liseuse en velours aux côtés d’un globe de cristal aux reflets sombres.

- Me faudra-t-il supporter cette mascarade chaque année, mère ? Vous savez bien que je ne peux quitter le Louvre à cause de votre méprisable soupirant et de ses amis. 

La réponse s’était échappée de la sphère dont les reflets s’étaient animés au passage. La voix était remplie d’amertume. Dame Vep s’était levée et avait tourné le dos au globe, elle s’était avancée dans la pièce, songeuse, ses pieds nus sur le marbre froid. 

- C’est vrai…répondit-elle à contrecœur, mais est-ce plus cruel que de vouloir abandonner sa mère ?

- Vous n’avez qu’à rentrer avec moi. Notre place n’est pas ici, elle est avec notre peuple.

- Mais qu’irions-nous faire là-bas, fils ? Il n’y a plus rien pour nous. C’est ici que nous écrirons l’avenir et que nous retrouverons notre gloire d’antan. Quoi que je fasse, c’est dans votre intérêt que je le fais, conclut Dame Vep en caressant tendrement la surface de la sphère.

- Si vous le dites mère…

La porte des appartements de Dame Vep s’ouvrit avec fracas. Maurice en jaillit, essoufflé et paniqué.

- Votre Altesse, c’est terrible, lâcha-t-il entre deux tentatives de reprendre son souffle.

- Que fais-tu ici pourceau immonde ! hurla Dame Vep en lui jetant une corbeille de fruit en or qui se tenait à sa portée. Nul homme n’a le droit de pénétrer ces appartements hormis mon époux !

- Je suis confus votre seigneurie, bafouilla Maurice dans un simagrée de révérence. C’est que nous n’avons toujours pas de nouvelles de notre maître.

- Arsène n’est toujours pas rentré ? s’étonna Dame Vep

- Non, votre grandeur, et les invités commencent à s’impatienter…

Dame Vep reprit place sur sa liseuse, méditant sur ce qu’elle venait d’entendre.

- Plusieurs invités importants sont déjà là. J’ai vu Dame Blanche, la Reine Noire et Dame Poulain. Nous ne pouvons pas les laisser attendre sans un accueil digne de leur rang.

- Tes hommes savent-ils où se trouvent mon époux ?

Maurice se redressa légèrement. La balance du pouvoir venait de se dérégler subtilement en sa faveur, il comptait bien en jouir un maximum.

- Et bien madame, il a su déjouer la surveillance de mes hommes assez rapidement une fois en Ordinaire. Des témoignages attestent de sa fuite d’un bar, mais sa piste se perd dans le métro.

- Ne pouvait-il se tenir tranquille au moins aujourd’hui…

- Des rumeurs prétendent qu’il était détenu par l’Archonte Impensable. J’ai envoyé quelqu’un vérifier mais…

Maurice laissa durer son silence un peu plus longtemps que nécessaire. Il en profita pour  s’avancer et détailler la pièce. Rares étaient ceux qui pouvaient pénétrer la chambre de Dame Vep. Il avait l’impression d’être un explorateur violant quelque sanctuaire interdit. Tout n’était que luxe ici : tentures de la plus belle des étoffes, meubles en or, sculptures de grands maîtres. La chambre entière n’était qu’un temple dévoué à la beauté de sa propriétaire. Une fois sa curiosité repue, Maurice planta ses petits yeux de vautour droit dans ceux, vacillants d’incertitude, de sa maîtresse pour se nourrir de l’angoisse qu’il avait su y faire naître.

- Mais quoi ? finit-elle par craquer.

- Mais l’homme n’est pas revenu. Je crains qu’il ne soit mort, le domaine de l’Archonte n’est pas des plus hospitaliers.

- Arsène ne se serait sûrement pas laissé prendre par un médiocre comme l’Archonte. Il va sûrement arriver d’ici un instant. Retourne en bas, ordonna-t-elle d’un ton ferme en se relevant. Je ne vais pas tarder à rejoindre les invités, fais les patienter.

- Bien ma dame.

Dame Vep regarda sortir Maurice et fit claquer les portes derrière lui. Tout cela ne lui disait rien de bon. Elle savait qu’en temps normal, Arsène n’avait rien à craindre d’un seigneur inférieur comme l’Archonte, c’était une des raisons pour lesquelles elle avait jeté son dévolu sur lui. Mais rien n’était normal en ce moment. Son époux était perturbé et faisait de grossières erreurs. Des fautes aberrantes qui auraient très bien pu entraîner son trépas.

- Vous pouvez cesser de faire semblant d’avoir des émotions, il est parti, fit la voix sortie du globe.

- Comment oses-tu te moquer ainsi de ma relation avec mon époux ?

- Allons, nous savons tous deux qu’il n’est qu’un jouet pour vous.

- Sale petit ingrat, hurla Dame Vep en s’emparant de la sphère et en la levant au-dessus de sa tête. Comment oses-tu me parler comme ça, je devrais briser ce cristal dans l’instant, tu aurais tous lieux de regretter tes manières !

- Et allons quoi ? Vous allez me dire que vous l’aimez sincèrement ?

La colère disparut du visage de Dame Vep aussi rapidement qu’elle était apparue. Elle baissa la sphère et la blottit contre son corps, comme elle l’aurait fait d’un bébé qu’elle aurait voulu chérir.

- Tu ne peux pas comprendre. C’est compliqué.

- C’est ce que vous lui direz lorsqu’il découvrira la vérité ?

Un voile de panique obscurcit le regard de Dame Vep qui répondit sans attendre d’un ton sec.

- Je ne vois pas de quoi tu parles !

- Allons, mère. Ne croyez pas que je n’entende rien de ma prison dorée. Comment croyez-vous qu’il réagira en découvrant la vérité ?

- Quoi que j’ai fait, c’était pour son bien.

- Comme toujours mère…comme toujours…

Le silence s’appesantit dans la chambre, un silence lourd et ancestral. De ceux qu’on ne trouve que dans les pyramides et les tombeaux oubliés.

- Il est nouveau ce Maurice ? reprit la voix sur un ton plus badin.

- Plutôt.

- Vous devriez vous en méfier. Je n’aime pas la façon dont-il vous parle.

- Je sais mon fils, le temps m’a appris à reconnaître les faux dévots. Mais celui-ci pourrait m’être utile en temps voulu.

- Bien, je vais vous laisser mère, vous avez sûrement à faire.

- Les invités attendent

Aucun son ne sortit plus du cristal. Dame Vep était désormais entièrement seule dans sa chambre. Face à son grand miroir, elle réajusta sa tenue et rectifia son khôl. Elle était bien plus inquiète qu’elle ne le montrerait jamais, d’autant que l’heure était désormais aux festivités.