Markez ouvrit les yeux. Il venait de se réveiller dans son lit, encore tout habillé. Après que le dénommé François les ait aidés à sortir, il n’avait fallu qu’un instant à Lupin pour disparaître. Markez aurait bien voulut le rattraper pour l’arrêter, mais il n’en avait plus ni la force, ni le courage. À peine eut-il l’énergie d’héler un taxi pour rentrer chez lui. Il s’y était effondré sur le lit, sombrant immédiatement dans un sommeil sans rêve.
Il se réveilla quelques heures plus tard, avec la bouche sèche et l’impression d’avoir dormi plusieurs mois. Il se retourna et fixa le plafond un long moment. Son dos le fit atrocement souffrir. La chambre était silencieuse, le monde semblait avoir cessé de tourner tout autour. Markez essaya de se remémorer tout ce qui lui était arrivé mais c’était assez confus. Son esprit avait du mal à admettre certaines parties de l’histoire, cela ne lui semblait pas cohérent. Il balaya toute cette affaire d’un coup de chiffon mental et se leva d’une traite. Il se dirigea vers la salle de bain en se débarrassant de ses vêtements. Ceux-ci avaient souffert de l’aventure, tout comme son corps. Le jet de la douche détendit ses muscles et apaisa ses douleurs. Son corps était couvert de bleus et d’écorchures comme si on l’avait traîné au sol sur des kilomètres. À vrai dire, il avait la quasi-certitude qu’on l’avait bel et bien traîné au sol sur plusieurs kilomètres. Il resta longtemps immobile sous l’eau. Il se sentait revivre.
S’il n’avait jamais baissé les bras durant cette terrible soirée, il s’y était pourtant vu mort. Il avait été terrifié à l’idée de mourir dans cette cellule crasseuse, seul et loin de tout. Il pleura en y repensant. Il n’aurait vraiment pas aimé finir comme ça. Pas si jeune, pas si bêtement.
Une fois réconforté, il sortit de la douche, se sécha et enfila des vêtements propres. Il alluma la télé pour savoir combien de temps s’était écoulé depuis son enlèvement. Cela faisait moins de 24 h. Il zappa en vitesse et s’arrêta sur l’émission de Djamel Bengali. C’était un ancien comique qui avait réussi à obtenir sa propre émission sur une chaîne de la TNT. Il avait obtenu carte blanche et animait en direct un mixe improbable entre le journalisme et le one man show. Markez n’avait jamais regardé, même si on lui en avait souvent parlé. Ce qui l’interpella cette fois là pourtant, c’est qu’il reconnut immédiatement l’accueil du 36. Bengali était en train de s’en faire refouler. Markez comprit que le journaliste voulait savoir comment avançait la recherche de la fille Fellaoui et de toutes les autres disparues. Markez ne savait pas de quelle affaire il parlait, mais sentait que ce n’était pas bon pour l’image de la police. D’autant qu’il pouvait se rendre compte par lui-même que ses collègues passaient pour de véritables fascistes en essayant de le mettre à la porte sans répondre. L’arrivée in-extremis de Franco sauva la situation. Il réussit à apaiser Bengali mais sans pour autant réussir à faire oublier la réaction première des autres policiers.
Markez éteignit la télé, il était temps qu’il aille travailler. Passé 24h, on risquait de sortir le grand jeu pour le retrouver, ce serait dommage de gaspiller l’argent des contribuables. Il se rendit en vitesse à la station de bus la plus proche, il récupérerait sa voiture plus tard. En chemin, il repensa à l’émission qu’il venait de voir. Franco avait bien manoeuvré. Il était vraiment bon en communication, mais ça Markez n’en avait jamais douté. Il avait un profond respect pour son ami et ses qualités de meneur d’hommes. Pour autant, Franco n’avait fait que gagner du temps. Markez connaissait l’affaire Fellaloui, il n’avait pas oublié le frère de la victime présumée, sa machoire le démangeait encore lorsqu’il y repensait. Mais de quelles autres disparues Bengali parlait-il? C’était un mystère.
Devant le commissariat, Markez croisa Eric Langlet, c’était une de ses vieilles connaissances, souvenir de l’école de Police.
- La vache, t’as une tronche de cul, lui lança-t-il en guise de bonjour accompagné d’une grande tape dans le dos qui manqua d’arracher un hurlement de douleur à Markez.
- Merci, ça me fait plaisir de te voir aussi, répondit Markez en essayant de retenir les larmes que la douleur avait fait poindre.
- ‘tain, j’sais pas ce que t’as branlé hier, mais j’suis content de te revoir.
- Moi aussi, soupira Markez en repensant à son incroyable aventure, moi aussi…
- On allait pas tarder à lancer les recherches, tu sais ? Tout le monde est à cran là-dedans.
- À cause de moi ?
- Pas seulement. On a perdu un agent cette nuit, il s’est fait à moitié bouffer. Son équipier raconte que lui s’en est sorti que parce qu’un mec en uniforme de la première guerre lui a sauvé le cul.
- Moi qui pensait jouer les vedettes…
- Ouais, j’sais pas ce qu’il se passe en ce moment mais c’est vraiment la merde. J’ai entendu deux, trois trucs sur ton affaire, ça a pas l’air jouasse non plus.
- Pas vraiment, non.
- Bon, faut qu’j’te laisse, j’suis à la bourre. On se téléphone et on se fait une bouffe un de ces quatre ? Isa sera contente de te revoir, conclut Éric en s’apprêtant à nouveau à taper dans le dos de son ami. Markez évita la marque d’affection de justesse d’un pas sur le coté et s’éloigna l’air de rien en lançant un « ça roule » faussement décontracté à son ami.
L’accueil fut plutôt chaleureux au sein du commissariat. La nouvelle de la disparition de Markez s’était vite propagée et si elle avait fait rire certains vieux briscards, elle avait surtout inquiété la majeure partie des collègues qui l’appréciait. Car, s’il était une chose que savait faire Markez, c’était se faire apprécier. Il tirait de ses racines hispaniques le fameux charme latin, couplé d’un caractère plutôt facile et surtout d’un physique avantageux qui le rendait naturellement sympathique. Markez était le bon pote par excellence. Celui qui énerve parce que tout semble lui réussir, mais qu’on ne déteste jamais vraiment tant sa désarmante fraîcheur ensoleille notre journée. Markez serra donc de nombreuses mains, fit de multiples bises et endura plusieurs accolades. Derrière les sourires pourtant, il sentit, comme Éric venait de lui dire, que l’ambiance n’était pas au beau fixe. On parlait encore de l’irruption scandaleuse de Bengali quelques instants plus tôt, mais surtout du climat de plus en plus hostile et des événements de plus en plus étranges.
Lorsque Markez arriva dans le bureau de Franco, celui-ci avait la tête noyée sous la paperasse. Il ne remarqua pas l’entrée de son ami, c’est à peine s’il se rendit compte que celui-ci venait de s’asseoir devant son bureau et d’y poser les pieds. Markez regretta d’ailleurs vite de s’être installé ainsi, les sévices de la veille se rappelant bien vite à lui, mais avoir la classe en toute circonstance, ça n’avait pas de prix. Finalement, Franco ne remarqua Markez qu’au moment où il dut pousser ses pieds pour en tirer un rapport d’interrogatoire.
- Bon dieu de merde, s’emporta-t-il en tirant sur son feuillet, qui m’a foutu un…
- C’était bien la peine que j’revienne pour me faire gueuler d'sus, ironisa Markez que la réaction de son ami avait un peu pris de court et légèrement déséquilibré.
- Bon dieu Julian, mais t’étais passé où ?
- Longue histoire, je suis même pas sûr de pouvoir répondre. Je pense qu’ils m’ont drogué lorsque j’étais inconscient.
- Wolkoff m’a raconté pour la poursuite…
- J’sais pas trop quel rapport ça avait avec notre enquête…Probablement aucun, soupira Markez qui n’avait pas vraiment envie de se remémorer tout ça.
- Tu feras une déposition demain. Un inspecteur se chargera d’éclaircir cette histoire pour toi.
- Et sinon ? fit Markez qui souhaitait plus que tout changer de sujet.
- On a progressé.
- Sérieux, une des pistes a mené quelque part ?
- Pas vraiment. Disons que, si c’est possible, l’affaire est encore plus compliquée que prévu. Appelle Wolkoff, faut que je vous parle.
- On a vraiment besoin d’elle ?
- Fais-la venir, répondit sèchement Franco.
À contre-cœur, Markez passa la tête hors du bureau du commissaire. Chloé se trouvait un peu plus loin dans la salle, elle discutait avec deux autres inspecteurs et tous trois semblaient bien rire. Markez ressentit une petite pointe de jalousie, il avait toujours été le flic cool ici normalement. La jeune femme n’avait eu aucun mal à se faire à l’ambiance de la Crim’, et s’était même parfaitement intégrée. Il n’y avait guère plus que lui pour la battre encore froid, ce qui le faisait passer pour l’affreux rabat-joie de service. Une situation inhabituelle et passablement insupportable pour lui.
- Wolkoff, meugla-t-il d’un air blasé. Bureau !
Elle se retourna vers lui et sourit. Il se serait attendu à un sourire forcé ou crispé, mais il s’agissait bel et bien d’un beau sourire sincère. Elle était heureuse de le revoir. Sans vraiment savoir pourquoi, l’idée ne lui déplut pas.
- La prochaine fois que tu vas dans le métro, prend un plan, dit-elle en le dépassant.
- Très drôle.
- Tiens, fit-elle en lui tendant son téléphone portable. Essaye de pas le perdre la prochaine fois, Julian…
Markez la regarda pénétrer le bureau de Franco en gloussant, conscient d’avoir raté ce qui avait l’air d’être une bonne blague et convaincu qu’elle devait être à ses dépens.
- Ferme la porte derrière toi Julian, je préférerais que la discussion reste entre nous.
- Je vois toujours pas qu’est-ce qu’elle fait là, objecta Markez en fermant la porte.
- Oh, désolée si je contrarie tes frustrations homos, s’emporta Chloé que le comportement de Markez exaspérait au plus haut point.
- Quoi ?
- Pour tenir à ce point à te retrouver seul avec le commissaire, je supposais que tu ressentais le besoin de faire ton coming-out.
- On délire là… t’as vraiment d’la chance d’être une gonzesse.
- Pourquoi, tu m’aurais pété la gueule sinon ? hurla Chloé en se relevant d’un coup. Bah vas-y, tente ta chance.
- Je rêve…
- Mais vas-y, t’es le seul à me chercher depuis que je suis arrivée ici, si t’as un problème on peut régler ça dehors et après tu me lâches.
- Me pousses pas trop…
- Sinon quoi ? répliqua-t-elle en le poussant.
- Fermez vos gueules, dit Franco d’un ton froid et détaché. Il n’avait pas élevé la voix et ne s’était pas emporté, c’était probablement ce qui avait fait immédiatement taire les deux inspecteurs. Ils s’étaient tout deux assis dans la foulée, comme deux enfants pris en faute. Markez n’avait quasi jamais vu Franco aussi vulgaire. L’heure devait être excessivement grave.
- Chloé, faites écouter l’enregistrement à Julian.
- Euh, oui, répondit la jeune femme en se tournant vers son collègue. Si tu veux bien sortir ton téléphone et écouter l’enregistrement.
Markez s’exécuta, il sortit l’appareil de sa poche et chercha un fichier. Il ne s’était jamais servi de la fonction magnétophone du téléphone, mais il trouva effectivement un fichier à la date de la veille. Il le lança sous le regard grave de Franco et de Chloé. Au début, il n’entendit que des grésillements et quelques bruits sourds :
- On n’entend pas bien car j’ai dû cacher le téléphone entre mes seins, se sentit obligée d’intervenir Chloé.
Markez fixa son téléphone comme s’il le voyait pour la toute première fois. Finalement, il distingua la voix de Chloé ainsi qu’une autre un peu nasillarde, déformée par l’enregistrement, qu’il réussit à reconnaître :
- Attendez, attendez, j’ai fait tout ce qu’on m’a demandé moi. J’ai livré la came, après j’y peux rien si ça a dégénéré comme ça, j’avais prévenu que ça me plaisait pas ces histoires.
- T’as merdé Alphonso !
- Il me fera pas porter le chapeau, j’ai juste fait ce qu’on m’a demandé moi. Faudrait plutôt qu’il se demande qui a fait rentrer les clébards dans l’entrepôt.
- Allez, on s’en fout de toutes ces conneries. Dis au revoir Alfi.
Markez fixa Franco, puis Chloé. Il la dévisagea longuement en silence. Même s’il refuserait de l’admettre, elle venait de l’impressionner. Comment avait-elle pu obtenir ça ? Franco, comme devinant ses interrogations, répondit spontanément à la question.
- Elle m’a amené ça ce matin. Elle m’a avoué d’elle-même avoir enfreint plusieurs lois pour obtenir l’enregistrement. Il ne vaudra rien dans un procès, mais il confirme nos théories. Je dois aussi vous montrer quelque chose.
Franco tourna son écran d’ordinateur vers les deux inspecteurs. La page était ouverte sur son client mail. Markez leva un sourcil, il avait devant les yeux un mail qu’il aurait envoyé la veille au soir. Soit au moment où il était séquestré.
- J’ai jamais écrit ça, objecta-t-il, furieux qu’on puisse usurper son identité.
- Je sais bien. Je ne sais pas encore si quelqu’un a piraté ton ordinateur où l’a simplement utilisé durant ton absence, mais je savais que tu n’étais pas l’auteur.
- Le mail parle d’une pièce jointe, interrompit Chloé que l’affaire intriguait. Ca parle de quoi ?
- Ce sont des extraits d’une vieille affaire classée qui remonte à 10 ans. Des disparitions de jeunes filles d’origine Algérienne. L’inspecteur chargé de l’enquête était remonté jusqu'à un groupuscule secret : « Les loups de Dieu ».
- Quel rapport avec notre affaire ? intervint Markez que tout cela commençait à dépasser.
- L’inspecteur a finalement classé l’affaire par manque de preuves. On n’a plus entendu parler des disparitions. Quelques mois plus tard, l’inspecteur est devenu commissaire d’un autre service.
Les regards de Markez et Chloé se croisèrent, ils pensaient tout les deux à la même chose et n’avaient qu’un mot sur la langue :
- Grangé
Le nom resta en suspens un moment dans la pièce. Tout le monde se dévisagea, la menace Grangé planait déjà depuis un moment sur eux. Ils avaient tous pleinement conscience de ce que signifiait s’attaquer à un collègue. La publicité serait dévastatrice pour les services de police, sans parler de l’impact sur le moral des troupes. Il n’était déjà pas évident d’être policier au quotidien, le grand public ayant une fâcheuse tendance à ne voir que l’aspect répressif de la profession, mais la situation serait encore plus dure une fois que tout le monde ne verrait la police que comme une bande de corrompus et d’assassins. Il fallait s’attendre à ce que de nombreuses personnes cherchent à étouffer l’affaire, ne serait-ce que pour préserver l’image de la police.
- Tout se recoupe, reprit Franco. Cette enquête visiblement étouffée, le fait qu’il passe commissaire, que quelques années plus tard il couvre Dumont et Kehler, que ces deux inspecteurs ressemblent étrangement aux suspect repérés à plusieurs reprises dans les cas de disparition, ainsi que devant l’entrepôt, le fait qu’Alphonso avoue que Grangé l’a mis en contact avec le fournisseur de la drogue, que Grangé enquête sur ce nouveau réseau et en profite pour interdire toute intervention policière le soir de la fête, sous prétexte de couvrir une mission de surveillance. Tout concorde.
Tout le monde approuva, les faits étaient accablant. Qui aurait cru que le massacre de l’entrepôt aurait mené à soupçonner l’un des plus influents commissaires de Paris ?
- Bon, on attend quoi pour le coffrer alors ? réagit Markez que l’opportunité de s’en prendre à Grangé avait toujours démangé.
- On attend d’avoir un mobile et surtout : des preuves.
- On a quand même un putain de faisceau de présomption, objecta Chloé touchée dans sa fierté. Elle se tortillait de rage sur sa chaise. Ce n’était pas tant à Grangé, ou à ses collègues qu’elle en voulait, mais à elle-même.
Elle était parfaitement consciente d’avoir merdée en s’en prenant à Alphonso. Le témoignage du malfrat, déjà peu crédible en temps normal, perdait toute légitimité depuis qu’elle l’avait molesté. D’autant qu’il avait probablement déjà quitté le pays à l’heure actuelle. Le commissaire Franco était conscient de cela également, il lui avait clairement fait comprendre, la traitant plus bas que terre lorsqu’elle lui avait tout avoué. Elle s’était alors senti humiliée comme jamais. Et pourtant, il lui avait pardonné son acte inconsidéré et lui avait offert sa confiance. Il semblait avoir compris pourquoi elle avait agi ainsi et accepté ses motivations. Mieux, il semblait l’avoir acceptée, elle. Pour la première fois depuis qu’elle avait rejoint les forces de police, elle avait enfin l’impression d’être à sa place et comptait bien se surpasser pour la mériter.
- Face au quidam moyen, ce faisceau suffirait, mais il est bien insuffisant ici. Il nous faut un dossier béton : des témoignages sérieux et des preuves matérielles, sinon nous ne ferons rien d’autre que mettre inutilement nos carrières en jeu, sans parler de la réputation de la police.
- Bon, si tu nous as réunis, c’est que t’as déjà un angle d’attaque, j’me trompe ? s’interposa Markez que l’envie de se défouler démangeait de plus en plus.
Franco se leva, l’air soucieux et se dirigea vers la machine à expresso. Il sortit une dosette, la plaça dans l’appareil et le mit en marche. Chloé et Markez étaient pendus à ses lèvres, tous deux pressés d’en finir et de passer à l’action. Le café se termina, Franco se saisit de la tasse et en huma l’arôme. Il se tourna alors vers ses deux interlocuteurs et les fixa un instant en silence avant de reprendre.
- Non, tu as raison. C’est Fabri qui m’en a donné l’idée : on attaque sur Dumont et Kehler. Ils ont l’air d’être salement impliqués dans toute cette histoire et ne bénéficieront pas des mêmes appuis que Grangé.
- Tu veux les faire témoigner ?
- Je ne sais pas encore. Mais je veux qu’on les sorte de l’équation, ça fera sûrement sortir les loups du bois, si je puis dire.
- Et on les coffre pour quels motifs ? intervint Chloé. Parce que si j’ai bien suivi, tout ce qu’on a c’est des vagues soupçons les concernant.
- Pas vraiment, on a identifié la voiture qui était devant l’entrepôt le soir du massacre, c’était celle de Dumont. On a réussi à obtenir une photo où l’on voit nettement deux silhouettes qui leur ressemblent à l’intérieur de la voiture. Quasi-personne n’a l’information pour le moment.
- Attends un peu, objecta Markez en se levant. Si vraiment tu veux mettre la pression aux responsables de tout ce foutoir, je ne crois pas qu’on doive les arrêter.
- Et tu penses à quoi gros malin ? réagit Chloé. Les suivre ? Les mettre sur écoute ?
Markez se dirigea vers la machine à café tout aussi solennellement que Franco, l’envie d’un bon café le démangeait depuis un moment, il n’y avait pas de raison qu’il ne ménage pas ses effets également. Le café commençait à couler lorsqu’il reprit le cours de ses pensées.
- Franco, tu me fais confiance ?
- Bien entendu, assura le commissaire en terminant de siroter son expresso.
- Dans ce cas, je pense qu’il vaut mieux que tu ne saches pas ce que j’ai en tête.
- C’est stupide à ce point-là ? s’inquiéta Franco
- Je n’en dirai pas plus, mais je les « sortirai de l’équation » comme tu le souhaites.
Franco n’ajouta rien, l’affaire était suffisamment compliquée comme ça. Il avait choisi de faire entièrement confiance à Markez et Wolkoff dans cette histoire, il devait donc s’y tenir. Toute cette enquête se réglerait sûrement aux limites de la légalité, il y avait fort à craindre qu’elle ne passerait même jamais devant un tribunal mais Franco ferait tout de même de son mieux pour que justice soit rendue. D’autant qu’il n’avait toujours pas révélé à ses inspecteurs le pire détail de l’histoire. Il était probablement temps d’y arriver, que tous jugent pleinement de la gravité de l’affaire. Markez venait de se rasseoir en dégustant son café, Chloé le regardait avec envie, jaugeant les chances qu’il y avait pour que le commissaire la laisse faire de même. Elle estima que ça n’en valait pas la peine.
- Il y a encore une chose que je dois vous dire.
Chloé et Markez sentirent instantanément que les choses allaient prendre une tournure encore plus grave. Ils fixèrent donc le commissaire en silence, respectueusement.
- J’ai vu Alfred Grimbert, le responsable de l’équipe scientifique ce matin. Après l’étude des contenus stomacaux et de divers autres restes, l’équipe a abouti à une certitude.
Franco déglutit, il avait beau connaître l’information depuis le début de journée, il avait toujours autant de mal à la digérer.
- Les victimes de l’entrepôt n’ont pas été dévorées par un loup ou un quelconque animal sauvage. Elles se sont entredévorées.
Face à cette nouvelle information, Markez eut comme un flash. Il revit l’entrepôt et ces dizaines de corps déchiquetés. Il pouvait presque en sentir à nouveau l’odeur. Un goût de bile lui remonta dans la gorge. Il manqua de vomir le peu qu’il avait avalé aujourd’hui. Chloé n’était pas à l’aise non plus, elle avait évité la visite du charnier, mais n’était pas particulièrement à l’aise pour autant à l’idée d’une orgie anthropophage.
- La nouvelle drogue aurait dans certaines conditions un impact désastreux sur la personnalité. Elle agirait directement sur le cerveau reptilien faisant du consommateur un véritable fauve.
- Putain mais ils m’ont drogué hier, paniqua Markez en se relevant d’un seul coup
- Du calme, ce n’était probablement pas la même drogue, sinon je pense que tu t’en serais déjà rendu compte. Tu iras quand même faire des tests quand on aura fini, à tout hasard.
- Attendez une minute, ça n’a aucun sens tout ça. En admettant que ce groupuscule derrière Grangé lance une nouvelle drogue, quel intérêt de se saborder ainsi ?
- Nous naviguons à vue effectivement. Tout ce que je sais des « loup de dieux » vient des informations que j’ai recoupées à partir du faux mail de Markez. La philosophie du groupe veut que Dieu enverra ses loups pour nettoyer la terre de sa souillure et la rendre aux sangs purs.
- Encore un trucs de facho donc.
- Effectivement, ce qui pourrait expliquer pourquoi ils ne font disparaître que des filles d’origine Arabe.
- Oui, mais qui n’explique toujours pas le coup de la drogue, coupa Chloé.
- Espérons que Dumont et Kehler pourront nous expliquer ça.
Terminant sa phrase, Franco se mit à farfouiller dans les papiers qui jonchaient son bureau. Après avoir soulevé plusieurs piles, il finit par trouver ce qu’il cherchait et le tendit à Markez.
- Toutes les infos, concernant Dumont et Kehler. J’aimerais que vous vous occupiez de l’arrestation personnellement.
- J’y comptais bien, et ensuite ? On fait quoi ?
- Le plus important est d’éviter que Grangé apprenne quoi que ce soit et j’aimerais en découvrir plus sur les Loups. Savoir à qui on va vraiment avoir à faire.
- J’veux pas jouer les paranos, mais vous allez rien faire concernant le mail ?
- J’ai chargé le service informatique de m’en dire plus. En attendant, on s’en tiendra à « les ennemis de tes ennemis sont tes amis »
- Bien, fit Markez en se relevant brusquement, je pense qu’on à fait le tour pour ce soir ? Parce que si c’est le cas, j’ai des tests à passer et deux connards à coffrer.
- Je pense effectivement qu’on a terminé pour ce soir. Je vous demande de faire très attention, ne parlez de tout ça à personne, nous marchons sur des œufs et ils peuvent exploser à tous moments.
