Théorem est un univers fantastique contemporain développé autour d’un jeu de rôle, entièrement téléchargeable, et d’un roman, publié au rythme d’un chapitre toutes les deux semaines.

La lame glissait dans l’air avec aisance. Elle virevoltait, coulant avec désinvolture sur le fil des autres épées qui tentaient vainement de s’y entrechoquer. L’étoffe légère de la redingote du chevalier d’Éon flottait, accompagnant avec élégance le moindre de ses mouvements. Tout en force, ses deux opposants, pourtant rompus aux armes et fiers guerriers, semblaient par contraste agiter leurs épées pataudement : comme un nouveau-né agiterait son hochet. Les habits de d’Éon étaient chatoyants, sans être vulgaires : ils étaient ceux d’un homme bien mis de sa personne et sûr de sa prestance. Coquettement assortie à ses yeux bleu azur, finement rehaussés d’or, sa tenue avait tout de la noblesse, et dans ce combat qu’il muait avec grâce en ballet, il avait tout d'un roi.

- Pourriez-vous quitter là votre épée d’Éon ? s’enquit l’un des spectateurs du combat, visiblement contrarié, et également vêtu avec une grande allure.

 - Ne soyez pas pisse froid, Beaumarchais, répondit d’Éon sans quitter ses deux adversaires des yeux, la rumeur populaire est intarissable sur la réputation de bretteur des frères du Temple, il est légitime que je tâche d’en jauger l’exactitude.

D’Éon avait répondu d'un ton badin, comme s'il tenait salon, plutôt que tête à deux soudards. À bonne distance du duel, son comparse semblait nettement moins à l’aise et pressé d’en finir.

- J’ai bien peur que nos hôtes ne commencent à se lasser de vos fantaisies et n’estiment plus judicieux par la suite de nous faire profiter de leurs talent, non moins reconnu, pour la finance. Dois-je pourtant vous rappeler que c’est bien ce talent-là que nous venons éprouver ?

- Ne me tenez point grief mon ami, il eut s’agit de jeux de langues vous eûtes été le premier à frapper. 

- La vôtre est toute aussi affûtée ami, et je ne me lasse d'y goûter. Toutefois, je crains que la virile camaraderie qui règne en ces lieux ne soit propice au même esprit.

- Saint esprit n'est pas bel esprit, tel est votre propos ?

- Certes, le latin ne sert pas à divertir les foules, ou en tout cas, ne le criez pas trop haut, sous peine de sombrer dans l’hérésie.

- Méfiez-vous de la langue des prêtres, il faut bien qu’ils s’occupent entre eux, ces hommes en robes !

Profitant du babillage des deux hommes, et n’en appréciant clairement pas le contenu, l'un des assaillants plaça toutes ses forces dans un coup d'estoc visant d'Éon. Comme si de rien n'était, d'un petit pas chassé, celui-ci se jeta en arrière, avant de tourner sur lui-même et de finir son geste la lame sous la gorge du moine soldat.

- J'attendais plus de maîtrise, mais surtout de loyauté de la part d'un chevalier.

- Combat n'est point causerie, rétorqua le Templier furieux.

- Je ne vous le fais pas dire mon frère, j'ai connu dames plus pugnaces et endurantes que vous, conclut le chevalier d’Éon en se dirigeant vers son comparse Beaumarchais tout en rengainant sa rapière.

Rouge de honte et de colère, le Templier leva son épée au-dessus de sa tête et chargea le  chevalier insouciant qui lui tournait déjà le dos. Le choc de l’impact retentit violemment dans la salle d’armes et eut été fatal à d’Éon si Beaumarchais ne s’était interposé de sa lame. Prestement, son compagnon tira à nouveau la sienne pour faire face au guerrier qui venait de tenter de prendre sa vie.

- Ainsi donc, voici où s’arrête l’hospitalité templière ! Je devrais vous faire rendre gorge pour tant de goujaterie, s’emporta d’Éon en dévisageant son adversaire.

- Voyez toutefois comme leur esprit de corps n’était pas surestimé, ils ont déjà tous sortis leurs armes, constata Beaumarchais en se rapprochant de son ami.

- Ils sont une quinzaine dans la salle, à peine de quoi me divertir, puis-je vous les laisser ?

- N’en faites rien ! Voyez ceux-ci comme une mise en jambes avant le plat de résistance que sera le chemin vers la sortie !

- Soit, je vous en laisserai peut-être un ou deux par mégarde. J’ai tendance à m’y perdre en arithmétique dans le feu de l’action...

Sa phrase à peine achevée, d’un mouvement plein de panache, d’Éon entama sa danse de mort avec les deux plus proches templiers. Beaucoup moins confiant, Beaumarchais tâcha de veiller sur ses arrières en freinant les ardeurs guerrières des quelques moines trop furieux pour respecter les règles élémentaires de chevaleries. D’Éon désarma son premier adversaire d’un seul mouvement, tout en blessant le deuxième au visage, avant de se projeter vers un nouveau groupe d’assaillants. Plus modestement, Beaumarchais tint en respect quatre combattants, mais sans réelle certitude quant à la durée future de cet exploit. Quelques secondes de lutte s’écoulèrent ainsi à l’avantage des deux amis, avant qu’une des puissantes épées bâtardes des moines soldats ne vienne briser la délicate rapière du chevalier, le mettant finalement en difficulté. Beaumarchais, quant à lui, acculé contre une paroi, tenait encore en respect ses quatre adversaires, tout en sachant pertinemment que l’issue du combat était jouée. En un dernier mouvement de bravade, d’Éon tenta de s’emparer de l’arme d’un templier, quand une voix retentissante fit se fixer tous les combattants. Le grand maître venait d’apparaître en haut du large escalier de pierre qui descendait vers la salle d’armes. Il était simplement vêtu du costume traditionnel et, si ce n’était le poids des ans d’évidence plus marqué, ne semblait pas dépareiller des autres membres de son ordre. Se dégageait pourtant de lui une aura incomparable : il respirait l’autorité.

- Mon secrétaire m’a dit que vous étiez venu pour affaire, pas pour mourir ! 

- Mes excuses Monseigneur, notre Dame nous incite pourtant toujours à cesser de nous tuer à la tâche.

- Je crois deviner dans votre langue acerbe que vous êtes le fameux Beaumarchais, j’en déduis donc que votre compagnon et le non moins fameux chevalier d’Éon.

- C’est un honneur de savoir que notre réputation a pu franchir les portes de votre citadelle !

- L’ordre des Templiers s’est toujours voulu plein de ressources. Plus d’un ennemi se sera vu abattre de nous avoir sous-estimé. Mais allons donc nous installer ailleurs pour parler de la raison de votre venue.

À la lumière des torches le petit groupe traversa les immenses couloirs gothiques avant d’accéder à une pièce aux dimensions honorables, dans laquelle trônait une large table en chêne et plusieurs chaises de même nature. Le grand maître s’assit au milieu de la table, invitant ses deux clients à prendre place face à lui. Il était difficile de lui donner un âge, mais il était évident qu’il n’était plus un jeune homme depuis très longtemps. Son regard, dissimulant avec peine une froide gravité, conservait toutefois une certaine fraîcheur. Son corps, également, paraissait contenir encore beaucoup plus de vigueur qu’il ne le laissait entendre. Le Grand maître avait dû être un grand combattant, et il était évident qu’il avait encore de beaux restes.

Avant de prendre la parole, il empoigna une lourde cruche en fer et remplit généreusement trois verres d’un épais vin aux senteurs épicées. 

 - Il ne saurait être de transaction sans un petit verre. N’ayez crainte, ce n’est pas du vin de messe, nous le faisons directement importer d’Orient, c’est un véritable nectar.

- Il ne sera pas dit que j’aurais jamais refusé un verre, fanfaronna Beaumarchais en levant haut sa coupe.

- Soit, partageons nos pensées alors !

Entrechoquant leurs verres, les trois hommes trinquèrent bruyamment, s’enivrant du délicieux breuvage.

- Bien. Les esprits étant apaisés, confiez- moi donc la raison de votre venue. Que peut l’ordre pour vous ?

- Et bien messire de Molay, l’affaire est fort simple, vous êtes banquier, et nous cherchons de l’argent !

- L’affaire est effectivement fort simple présentée ainsi.

- Notre Dame aimerait offrir un présent digne de lui au Baron Lupin pour son anniversaire.  Malheureusement, cette période ne lui est pas favorable, d’où sa nécessité de recourir à vos services.

- La réputation de votre reine n’est plus à faire, je ne m’inquiéterais donc pas de sa solvabilité. Qu’en est-il de la somme désirée ?

-Et bien, je la soumets à votre discrétion messire !

Joignant le geste à la parole, Beaumarchais avança son bras sur la table afin de déposer un petit papier devant De Molay. Celui-ci s’en saisit et le fixa un instant. Ses sourcils se froncèrent alors qu’il prenait connaissance du montant qui lui était demandé. Il resta silencieux plusieurs secondes, puis tourna son regard vers ses deux clients pour s’assurer de leur sérieux. Beaumarchais lui lança un petit sourire narquois que le maître n’apprécia que très peu.

- Véritable cadeau de roi qu’elle envisage de lui faire là.

- De reine pour être plus exacte, ma Dame regarde peu à la dépense lorsqu’il s’agit d’honorer une personne de haut rang.

- Je sens confusément que si vous me dites bien tout ce que vous savez, vous ne me dites pas tout pour autant, suggéra De Molay en se servant un nouveau verre. Il ne quittait pas des yeux ses deux clients, scrutant la moindre de leurs réactions, tâchant de deviner ce que cachait cette histoire.

- Mais vous tenez trop à la réputation de votre ordre pour refuser un prêt à une personne aussi influente que ma Dame, reprit d’Éon en fixant le Templier droit dans les yeux d’un air de défi.

- Ne jouissez pas trop de votre position, je déteste avoir tort, et rosser un importun ne porterait aucun préjudice à nos affaires !

Le regard plein de morgue, d’Éon s’était levé de son siège prêt à quitter la table. 

- J’ai ouï dire que l’accueil des banquiers juifs était des plus aimables, peut-être est-il temps de vérifier la rumeur…

- Allons, allons, ne jouez pas à ce jeu-là avec moi. Personne, hormis nous, ne pourra vous fournir une pareille somme en si peu de temps, mais soit, j’accepte ! Prévenez toutefois votre Dame que les intérêts seront lourds et devront être payés prestement !

- Ne vous inquiétez pas, les investissements de ma reine ne devraient pas tarder à porter leurs fruits, et ils lui donneront bien plus que ce que vous pouvez espérer. 

- L’argent sera porté sous bonne escorte demain après-midi à la tour. Je ne vous retiens pas plus longtemps, j’ai cru voir que j’avais quelques cours de disciplines à donner.

- Ce fut un honneur que de faire affaire avec vous !

Sans autre parole, Beaumarchais se leva et se dirigea vers la porte avec son ami. Bientôt, ils quittèrent la commanderie ravis du succès de leur mission. De Molay avait raison, ils ignoraient la raison réelle de ce besoin d’argent, la Reine Noire n’ayant pas voulu le leur confier, et il semblait à Beaumarchais que c’était pour le mieux. Tout ce qu’il savait, c’est que quelque chose d’énorme approchait, et qu’il en serait un acteur majeur, et ça, ce n’était pas pour lui déplaire.

Toujours assis sur sa chaise, le grand maître semblait avoir pris plusieurs centaines d’années lorsqu’un de ses hommes entra dans la pièce. Vêtu du même uniforme, il n’avait toutefois pas la carrure d’un guerrier. Plutôt petit et bien portant, il avait le regard vide et le visage rond.

- Vous m’avez fait appeler maître ?

- Oui, frère Simon, vous allez avoir du travail. Préparez- moi cette somme pour demain midi.

Saisissant le papier, le petit homme devint livide en regardant le montant.

- Maître vous êtes sûr qu’il n’y a aucune erreur ? Jamais nous n’avons délivré pareille somme par le passé. Cela pourrait causer notre ruine.

- J’en ai conscience, tout comme je sais que le client manque de franchise, mais quelque chose se prépare, je le sais, et je crains qu’il soit temps de choisir notre côté. J’espère juste ne pas m’être trompé.

Alanguie dans l’herbe fraîche, immobile, adossée à un saule pleureur, son sein pâle frissonnant à peine sous la brise légère, Dame Poulain semblait veiller la ville en contrebas. Autour d’elle, la vie bouillonnait, rendant sa quiétude suspecte. Depuis toujours, son domaine était reconnu pour son animation et sa gaieté. Dans la journée, paysans et fées travaillaient de concert dans les champs et les vignobles pour récolter le raisin et les herbes nécessaires à la confection des diverses spécialités du royaume. Et le soir, le tout Paris se massait dans les cabarets pour célébrer dignement, et bruyamment, les merveilles de l’existence. Ce manège durait, à peu de choses près, depuis la nuit des temps : le royaume de Dame Poulain existant depuis bien avant l’émergence de la capitale. De même que son domaine : Montmartre, Dame Poulain ne s’était pas toujours nommée ainsi. Elle avait notamment longtemps été appelée : la reine des fées, avant de devenir, bien plus tard, la Fée Verte. Son domaine avait de la même façon connut divers revers de fortune. Très populaire durant le XVIIIème siècle Ordinaire, grâce au succès de l’absinthe, il connut un déclin progressif par la suite, jusqu'à ce que la Fée Verte décide de gérer différemment son royaume s’attachant dès lors à s’assurer du bien être de tous ses sujets. Ce changement de politique lui valut rapidement d’être reconnue dans tout l’Agartha sous le nom de Dame Poulain et favorisa un afflux massif de nouveaux citoyens. Mais, cela n’avait duré qu’un temps, et aujourd’hui le domaine s’étiolait indéniablement. On ne s’amusait plus autant sous les pales du vieux moulin et il se murmurait même qu’on ne savait plus s’y amuser.

La lumière rasante des derniers rayons du soleil couchant fit s’enflammer le château d’eau trônant au sommet du mont du martyre. La surface aqueuse de l’impressionnant monument s’anima de reflets iridescents qui illuminèrent le domaine de Dame Poulain d’une lueur féerique. Tous se préparaient à la soirée à venir. Les flammes de couleur léchèrent la peau de la Dame un moment, avant de s’éteindre à la tombée de la nuit. Elle n’avait toujours pas bougé. Sa tunique de soie sauvage verdoyante se soulevant mollement, au rythme lent d’une respiration quasi inexistante.

Sautant du haut du saule pleureur, un gros chat noir vint se frotter à elle dans un concert de ronrons. Voyant que sa Dame restait insensible, il lui donna quelques coups de museau. Elle leva péniblement sa main droite et fit jouer ses doigts dans le pelage de l’animal qui la gratifia de généreux miaulements.

- Quelles sont les nouvelles mon vieil ami ? murmura la Dame comme expirant son dernier souffle.

- Nous nous inquiétons pour vous madame, répondit l’animal en s’asseyant dans l’herbe aux cotés de Dame Poulain et en entamant de lustrer sa fourrure.

Le chat noir était le fidèle bras droit de Dame Poulain. C’était un libertaire de la pire espèce, mais il avait reconnu en elle une forme de pouvoir acceptable. Elle était à l’écoute de ses sujets et régnait avec amour et compassion, ce n’était pas de la démocratie, mais c’était à ses yeux la meilleure des alternatives. Il l’avait rejointe à l’occasion de la Grande Guerre. Lui et ses fidèles Charnachistes, sans se sentir particulièrement impliqués dans la cause des Tourmentés, avaient vu dans cette guerre l’occasion de faire tomber le pouvoir en place et avaient donc soutenu leurs causes. Le roi l’avait bien compris également et avait saisi cette occasion inespérée de se débarrasser des Chanarchistes qui l’importunaient depuis déjà trop longtemps. Le chat noir et ses amis étaient tombés dans un piège : alors qu’ils pensaient frapper un grand coup, ils s’étaient retrouvés encerclés par une partie de la garde royale assistée des quatre cavaliers : Atos, Portos, Aramis et le commandant d’Artagnan, accompagné du sinistre assassin royal : Petiot. L’affrontement n’avait été qu’une mascarade, les Chanarchistes n’avait jamais été des grands guerriers, ils s’étaient fait massacrer en bonne et due forme, aucun n’en aurait réchappé si Dame Poulain aidé de son ami le Baron Lupin et de leurs troupes respectives, n’avaient pris les troupes du Roi à revers. L’assaut n’eut rien de profitable aux Tourmentés : ils perdirent au contraire de précieux éléments dans cette attaque, mais Dame Poulain ne pouvait concevoir de laisser les Chanarchistes se faire massacrer sans réagir. Depuis ce jour, le Chat Noir lui avait juré fidélité et il aurait donné sa vie pour elle.

Dame Poulain se redressa légèrement, elle était sans l’ombre d’un doute extrêmement faible et le Chat Noir craignait qu’elle ne fut aux portes de la mort.

- Dissimuler les ravages que les Errants ont fait dans mon royaume me prend toutes mes forces, reprit-elle à voix basse.

- Vous serez heureuse de savoir que nous les avons enfin tous capturés. Ils sont plus d’une vingtaine et ne poseront plus de problèmes.

- Leur simple présence ici est un problème… 

Le visage de Dame Poulain révélait une grande fatigue et une profonde lassitude.

- Certes, mais ils pourraient s’avérer une arme redoutable si nous y étions forcés.

Concluant sa phrase, le chat se redressa, fit un tour sur lui-même puis s’allongea dans l’herbe contre sa maîtresse. Celle-ci ne réagit pas, semblant totalement détachée du monde alentour.

- Je n’aurais jamais dû me lancer dans cette histoire. À vouloir recouvrer ma gloire passée, me voilà plus affaiblie que jamais. Voilà où mène l’orgueil.

- Ne soyez pas si négative madame, rien n’est perdu, et vous feriez une grande reine, bien mieux que ce tyran de Masque de Fer.

- Non, c’est fini. Dés demain je dirai à Lupin d’arrêter la distribution. Nous n’avons que trop mis l’Agartha en danger. Jamais il n’y avait eu autant d’Errants, et tout ça par notre faute.

- C’est dans le sang que la société progresse.

Dame poulain entrouvrit finalement les yeux, elle regarda le chat noir pelotonné contre elle, puis se leva non sans mal. Elle observa Paris à ses pieds, la capitale était plutôt calme la nuit venue, si l’on exceptait son propre domaine et certains quartiers dits « chauds ».

- Mes ambitions pourraient nous coûter très cher. Le roi est déjà sur mes traces, à la moindre confirmation, celui-ci s’abattra ici sans la moindre pitié.

- Lapin-agile rassemble nos armées, elles sont prêtes à résister. Si vos alliés ne vous abandonnent pas, nous pouvons tout à fait espérer vaincre. D’autant que nous ne devrions pas tarder à récolter les fruits de la T1 : votre pouvoir va croître.

Dame poulain remonta lascivement la colline vers son château, sa robe flottant derrière elle donnait l’impression qu’elle venait de déployer ses ailes. Le chat se mit sur ses deux pattes arrière et trottina à sa suite.

- Je n’ai jamais voulu que ça se passe comme ça. 

- Les drogues ont toujours eu des effets pervers. L’absinthe en son temps à rendu plus d’un Ordinaire fou.

- Mais cela n’était pas aussi destructeur pour nous.

- Rien ne se passe comme prévu et je ne suis pas Esméralda : je n’ai pas les épaules pour me dresser contre le roi.

- Nécessité fait force, ma Dame.

- Mais si même elle n’a pas su y arriver, comment le pourrais-je ?

- Vous n’êtes pas elle, ma Dame, vous êtes bien plus forte que vous ne le pensez, et vous pourrez compter sur vos sujets pour se battre jusqu’au bout.

Dame Poulain se pencha sur son conseiller, elle vit la flamme qui  brûlait dans ses yeux. Elle reconnut le Chanarchiste qu’elle avait rencontré lors de la Grande Guerre. Elle avait parfois le sentiment qu’il s’était apaisé et qu’il avait oublié sa cause, mais elle réalisait qu’il n’en était rien, il était toujours aussi résolu à se battre pour défendre sa vision de la justice. Cette idée la réconforta un peu. Elle savait au moins qu’elle n’était pas seule.

- Il est temps que je me prépare. L’anniversaire de Lupin approche, je dois me montrer sous mon plus beau jour pour lui rendre honneur. 

Le Chat Noir pouvait lire l’inquiétude sur le visage de sa maîtresse. Elle n’avait jamais vraiment su cacher ses sentiments, c’était aussi pour cela qu’il l’appréciait.

- Qu’y-a-t-il ma Dame ? 

Rien…Juste la sensation que l’anniversaire de Lupin sera la dernière occasion de se réjouir avant une bien sombre période…