Théorem est un univers fantastique contemporain développé autour d’un jeu de rôle, entièrement téléchargeable, et d’un roman, publié au rythme d’un chapitre toutes les deux semaines.

Dans les vapeurs ouatées du sommeil, les hurlements devinrent cris, puis chants. Du mieux qu’il pouvait, un radio réveil retransmettait un morceau de trash-métal qui tira progressivement Samuel du sommeil. Il écarquilla les yeux, comme soudain assoiffé de lumière. Il avait un goût désagréable dans la bouche et elle était pâteuse. Il venait de faire le pire cauchemar de toute son existence, mais ne se souvenait absolument de rien, hormis une impression tenace qui lui collait à la peau comme du sang séché. Il hasarda un geste en direction du radio réveil et laissa tomber sa main à plat sur l’engin, qui s’éteint d’un seul coup. Le soleil était éblouissant, le matin devait être de l’histoire ancienne depuis un moment. Samuel se tourna péniblement vers les chiffres digitaux affichés par l’engin logé sous sa main et découvrit qu’il était déjà quatorze heure. Cela ne le préoccupa pas vraiment, d’autant plus qu’il n’avait pas la moindre idée du jour qu’il pouvait être. Il repoussa péniblement sa couette sur le sol et amorça une tentative d’extraction du lit. Celui-ci ne semblait pas vouloir lâcher son pensionnaire et avait fait de la gravité son alliée dans cette mission. Non sans peine, Samuel tangua donc vers le mur le plus proche et s’y appuya. Ses jambes flageolaient sous son poids, comme marquées des excentricités de la veille. Ses vêtements, qu’il n’avait visiblement pas pris la peine de quitter pour se mettre au lit, étaient trempés de sueur. En s’appuyant des mains sur les murs du couloir, il réussit à se hisser à hauteur de la salle de bain. Il se laissa choir mollement sur la cuvette des toilettes et commença à retrouver ses esprits. Le carrelage froid vint piquer ses pieds à travers les trous de ses chaussettes.  Ces glaciales aiguilles agirent sur ses souvenirs comme un révélateur. Il se souvint de Richard et de la fête de Saint Ouen, mais rien ne lui revenait en mémoire sur la façon dont il était rentré chez lui. Tout en y réfléchissant, il baissa son pantalon et se débarrassa du surplus de nourriture de la veille. Il ne se souvenait pas avoir mangé autant. Se saisissant d’un petit sachet plastique remplit d’herbes dissimulés derrière la cuvette, il se roula un petit split qu’il se fuma tranquillement en reprenant ses esprits. Une fois terminé, il se releva et se dirigea vers le lavabo. Ses jambes étaient déjà un peu moins douloureuses et acceptaient en tout cas de le porter sans trop se plaindre. Il se regarda un moment dans le miroir de l’armoire à pharmacie. Il se trouva plutôt bonne mine. Il remarqua qu’il avait une belle barbe de trois jours et cela lui donnait un aspect sauvage plutôt séduisant. Il se passa la tête sous l’eau avant de s’ébrouer, puis tâtonna de sa main droite pour trouver une serviette.

- Elle est à ta gauche, connard !

Samuel hurla comme il ne l’avait jamais fait en se plaquant le dos au mur. Devant lui, au milieu de la salle de bain, se trouvait une jolie métisse d’une vingtaine d’années. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle foutait ici, et encore moins de qui elle était, sans parler du fait qu’il ne se considérait pas du tout comme un connard.

- Tu…tu…vous…tu…tu branles quoi ici ? 

- Ah parce que tu sais pas ? Toute la contrariété de Diya était concentrée dans cette seule phrase. Visiblement Samuel aurait plutôt eu intérêt à savoir ce qu’elle branlait là.

- Je te…on a…tu m’as ramené ?

- Ce serait plutôt l’inverse, connard !

- Ah…et on a…enfin j’ai pas… c’était pas bien ? sortit finalement le jeune homme avec beaucoup de peine et une pointe de scepticisme.

- Si…c’était génial…l’extase suprême…je m’en remettrai jamais…connard ! 

Si la jeune Maghrébine avait tenté de dissimuler son dégoût dans cette dernière réplique, c’était évidemment raté, chaque mot fit un peu plus fondre l’ego pourtant démesuré du garçon.

- Ah bon…bah super, fit-il sans trop savoir quoi dire. Je te retiens pas du coup…

À l’entrée de l’appartement, on frappa à la porte. Samuel tendit l’oreille et reconnut la voix de Lia : sa fiancée. Ses yeux s’écarquillèrent, il sentait le nœud coulant se resserrer autour de sa gorge.

- Euh, t’avais peut-être envie d’aller aux toilettes ? Hein, oui, sûrement, je vais pas te déranger, je te laisse, à tout à l’heure. Sans attendre la moindre réponse, il sortit de la pièce, fermant la porte derrière lui, tournant la clé au passage. Il courut ensuite vers la porte, se prenant les pieds dans son pantalon mal refermé et tombant de tout son long sur la moquette. Le choc perçut jusque de l’autre coté de la porte fit s’intensifier les frappes de la visiteuse. Samuel ouvrit brusquement entre deux coups, tentant avec mal de réajuster son pantalon, il reçut le coup suivant en plein nez. Il estima que la journée à venir serait pleine d’injustices.

La jeune fille s’excusa confusément avec plus d’emphase que cela ne méritait. Elle tomba en larmes dans ses bras, expliquant la raison de sa présence au milieu de longs sanglots rendant l’ensemble parfaitement inaudible. À force de caresses et de baisers, Samuel réussit à apaiser sa petite amie et à la faire asseoir sur son lit. Une fois fait, il en profita pour vérifier l’état de son nez et réajuster sa mâchoire qui avait douloureusement rencontré le sol lors de sa chute.

- Mais qu’est-ce que tu foutais bordel ? finit par hurler Lia presque hystérique. Ça fait quatre jours que j’ai aucunes nouvelles! 

Machinalement, Samuel passa sa main sur sa barbe. Quatre jours, pensa-t-il… Il ne sut que répondre. Avait-il pu dormir pendant quatre jours consécutifs ?

-J’étais folle d’inquiétude, je t’ai cru mort. J’ai complètement saturé ton répondeur. Je suis passée hier, mais tu as pas répondu. Comme Aisha m’a dit t’avoir vu en boîte dans la soirée, j’ai voulu vérifier. Elle ponctua sa phrase d’une tape conventionnelle sur l’épaule de son Samuel. Il la fixa, silencieux, de l’amour plein les yeux, mais une seule question en tête : qu’avait-il pu foutre ces derniers jours ?

- Écoute chérie, j’suis désolé, j’ai merdé un peu ces derniers jours, mais ça va s’arranger, promis. Là, faut juste que je prenne une bonne douche, que je me ressaisisse, et après tout ira bien.

Il avait mis toutes ses forces dans cette unique phrase. C’est un véritable talent de réussir à rassurer les gens, mais c’est d’autant plus remarquable lorsqu’on est soi-même plongé dans de profonds tourments intérieurs.

- Tu veux pas un peu de compagnie dans cette grande douche ? 

Lia commençait à se reprendre, ses larmes avaient séché, une petite moue taquine ourlait désormais les lèvres exquises de son visage de porcelaine. C’était pour cela qu’il l’aimait, il ne pouvait rien refuser à ses grands yeux noirs en amande et à ce petit nez mutin qui brillait presque surtout par son absence. Lia tenait de sa mère les charmes de l’Asie et de son père un corps de rêve. Il ne sut jamais où il trouva la force de la mettre à la porte cet après-midi là, mais il n’eut jamais vraiment le temps de le regretter. 

-À 20h au bar, tu promets ? T’as quatre jours de retard alors je te préviens, je n’excuserai pas la moindre seconde ! 

Samuel la fit sortir non sans lui donner un dernier long baiser qui laissa dans sa bouche un délicieux goût de framboise. Il se dirigea enfin vers la salle de bains pour prendre une bonne douche. Il laissa tomber sur le sol ses vêtements un à un, sa mâchoire le lança lorsqu’il retira son sweat, mais la douleur s’effaçait déjà. Arrivé devant la porte, il était nu comme au premier jour. Il l’ouvrit machinalement et la franchit en direction de la douche sans soupçonner ce qui allait arriver. Il tomba nez à nez avec Diya, celle-ci l’attendait depuis tout à l’heure et semblait encore plus remontée.

- Hé bonhomme, tu crois quoi là ?!!

Un nouveau cri. Tentant piteusement de cacher sa virilité, Samuel se remémora la scène surréaliste qui avait suivi son réveil. Elle n’avait pas été due aux vapeurs opiacées comme il l’avait cru, mais avait bel et bien eut lieu. Savoir ce qui avait pu se passer durant ces quatre jours devenait soudain presque vital. 

- T’étais vraiment obligé de rester dans la salle de bains pendant que je prenais ma douche ?? 

Samuel se préparait maintenant à sortir, il ne faisait déjà plus vraiment attention à la jeune fille qui, il l’espérait, se lasserait rapidement.

- J’t’emmerde connard !! lui répondit froidement Diya, assise sur le lit, le regard noir.

- Très productif…tu comptes partir quand, sinon ? lui demanda le jeune homme en enfilant un sweat à peu près propre, estima-t-il après l’avoir reniflé.

- Quand tu te seras suffisamment excusé ! affirma-t-elle, sans même le regarder.

- Putain mais excusé de quoi bordel ! Je sais même pas ! 

Samuel était excédé, les quatre jours manquants devaient être liés à cette situation mais il sentait confusément qu’elle ne l‘aiderait pas à comprendre. Qu’il devrait s’agir de sa part d’une de ces foutues démarches personnelles qu’on ne trouve que dans des magazines pour gonzesses. Mais ce qui l’énervait le plus, c’était de ressentir au plus profond de son être une petite pointe de culpabilité, comme si finalement il savait pertinemment qu’elle avait raison.

- Ça c’est TON problème, connard ! rétorqua Diya des éclairs plein les yeux.

Sans même répondre, Samuel avait empoigné son portable et appelé son ami Richard. Lui saurait forcément ce qu’il s’était passé durant ces quatre jours. Ils l’avaient forcément fait ensemble. 

- Salut c’est Richard…

- Oh putain t’es là, se réjouit Samuel, voyant là une chance d’en terminer avec son calvaire.

- Si jamais vous entendez un bip, ne vous inquiétez pas c’est que vous êtes sur mon répondeur, alors laissez un message, on sait jamais. *Bip*

- Répondeur de merde, s’emporta Samuel se retenant de justesse de projeter son téléphone à travers la pièce. C ’est moi ! Rallume ton putain de portable et appelle- moi ! Toutes façons, j’arrive faut qu’on cause.

Tout en raccrochant Samuel se saisit de son manteau et commença à l’enfiler sous le regard amusé de sa spectatrice.

- On va où ?

Samuel se figea net, un frisson venait de le parcourir, cette fois la situation ne l’amusait plus, mais l’exaspérait au plus haut point.

- Mais « On » va nulle part ! « On » n’a rien à faire ensemble !! « On » va se séparer dans 5 secondes, et « Tu » vas me lâcher la grappe !

- T’es naïf si t’y crois,  ajouta la jeune fille avec un naturel désarmant.

- Bah c’est ça, t’as qu’à me coller, j’m’en fous, tu te lasseras avant moi ! Allez j’me casse !

Il claqua la porte derrière lui, furieux, et dévala l’escalier quatre à quatre pour se calmer. Il se moquait complètement de cette fille, elle pouvait dire ce qu’elle voulait, il s’en foutait, ce n’est pas ça qui le mettait hors de lui. Non ce qui le rendait fou, c’était le vide. Ce trou de quatre jours qu’il n’arrivait pas à combler et ce sentiment horrible tapi au plus profond de lui, comme quelque secret terrifiant prêt à bondir à tout moment. 

L’air frais, vivifiant, réveilla ses sens, il ferma les yeux et respira un long moment l’air de Paris, mélange original de gaz d’échappement, d’odeur de kebab, d’urine et d’un soupçon de chlorophylle pour rehausser. Lentement, il ouvrit à nouveau les yeux comme pour savourer tous les plaisirs que sa rue avait à lui offrir. Diya, plantée devant lui, lui sourit à pleine dent.

- On va où alors ?

- Va chier ! lui répondit Samuel en tournant les talons et en traversant la rue. 

Il se devait d’admettre qu’elle était loin d’être moche. Pour tout dire, s’il n’avait pas déjà été avec Lia, il l’aurait sûrement prise à son propre jeu et l’aurait même volontiers invitée dans sa douche. Mais la situation étant ce qu’elle était, il ne pouvait pas trop se permettre de faux-pas, encore moins chez lui, et il devenait donc urgent de se débarrasser de cette fille, aussi jolie soit-elle. Richard pourrait peut-être l’aider, ce ne serait d’ailleurs pas la première fois. 

Des millions de choses se bousculaient dans sa tête, il avait hâte d’arriver chez Richard et de trouver enfin une réponse à ses questions. Subissait-il le contrecoup de la drogue de la dernière fête ? C’était un nouveau produit, les effets n’étaient pas encore bien connus, était-ce là un effet secondaire regrettable ? Il voyait difficilement d’autres solutions, les pièces s’emboîtaient même à la perfection ainsi. Complètement stone il était allé en boîte, avait dragué, peut-être fait des conneries, on est pas toujours contrôlable dans cet état. Oui, en fait tout s’expliquait, Richard lui confirmerait sûrement. Un sourire de soulagement s’esquissa discrètement sur son visage, il n’en prit même pas conscience. Le poids qui pesait sur sa conscience venait de s’alléger soudain. Dans le reflet d’une vitrine, il vit Diya en train de le suivre, le poids retomba plus lourd que jamais, il était vraiment temps qu’il arrive chez Richard. 

Lorsqu’il sonna chez Richard, ça ne répondit pas. Il insista sans guère plus de succès et décida donc d’utiliser le double des clés qu’il avait faites, il y a un moment. Richard n’était pas vraiment au courant, mais il approuverait sûrement, Samuel en était certain. Derrière la porte, il retrouva du courrier entassé, à vue de nez ça faisait déjà plusieurs jours..Peut-être quatre.

- C’est l’appart de ta meuf ? Super, je vais pouvoir m’expliquer avec elle cette fois !!

Samuel ne prit même pas la peine de répondre, la situation l’exaspérait au plus haut point et l’impression que ça serait de pire en pire ne le quittait pas. L’appartement de Richard dégageait une atmosphère étrange, quelque chose d’oppressant qui ne rassurait vraiment pas Samuel. Brisant le silence, il poussa la porte de la chambre. Le sinistre grincement des gonds révéla une marre de sang dans laquelle gisait le corps démembré de Richard. Pris de panique et de dégoût, Samuel se propulsa en arrière et se précipita tant bien que mal, à quatre pattes parfois, jusqu’aux toilettes où il vomit tout ce qui pouvait rester dans son estomac. Le temps lui sembla une éternité de douleur. Le goût de la bile lui emplissait la bouche, les larmes lui ruisselaient sur le visage, et son corps tremblait de froid. Dans l’embrasure de la porte, Diya le fixait avec une touche de mépris. Derrière elle apparut Richard. Son expression, essentiellement intriguée, laissait également place à une  pointe de colère. 

- Putain, tu pourrais pas faire ça chez toi ?

- Richard ? bafouilla Samuel incrédule, la bouche encore pâteuse.

- Ouais, c’est super étonnant de me trouver chez moi!

- Mais je…. bafouilla Samuel, plus pour lui que quiconque, avant de se précipiter vers la chambre.

- Et c’est qui ta copine ?! T’es pas obligé de ramener tes gonzesses ici !!! hurlait Richard après son ami. 

- Elle s’appelle Diya la gonzesse et c’est tout sauf SA gonzesse, répliqua Diya très amusée par la situation jusqu'à ce qu’on parle d’elle comme si elle n’était pas là.

Samuel tomba à genoux devant la porte de la chambre. Une chambre mal rangée, plutôt sale mais à l’absence flagrante de cadavre. Il s’était tout imaginé, il devenait fou, d’abords il perdait quatre jours et maintenant la raison. Ça n’allait décidément pas en s’arrangeant.

- Tu la connais pas ? Pourquoi tu répondais pas ? On a fait quoi pendant ces derniers jours ? Comment on est rentré de la fête ? Les questions se bousculaient dans la tête de Samuel, à tel point que celles-ci se mélangeaient presque dans sa bouche.

- Ah parce que tu te rappelles pas ? répondit Richard visiblement sous le coup de la colère. Son visage se ferma, affichant une version très personnelle de l’extrême contrariété.

- Non… pas toi aussi !! Merde !! Non !!!

- Dommage, connard ! jubila Diya

- Fais chier putain, qu’est-ce que je vous ai fait ?! Dites-le bordel !

- C’est trop facile ça, Samuel !! Cette fois-ci tu te démerdes et tu t’en tireras pas comme d’habitude !

- Fait chier ! Le désespoir était presque palpable dans ce dernier rugissement. Toutes ses forces commençaient à l’abandonner, Samuel ne se voyait plus la moindre échappatoire.

- Alors, on fait quoi maintenant connard ?

- Ouais on fait quoi Samuel ?

- Vous faites chier, je me casse ! Objecta Samuel d’un ton las et sans vie. Il n’était plus que l’ombre de lui-même et sentait confusément que ça n’irait pas en s’arrangeant.

Il sortit en toute hâte de l’appartement et courut à perdre haleine, comme s’il voulait se fuir lui-même. Il courut sans but, sans réfléchir, il voulait juste disparaître et que toute cette histoire s’arrête. Alors qu’il commençait à ralentir pour reprendre son souffle, il croisa le regard d’une jolie fille aux grands yeux noirs et aux longs cheveux sombres bouclés. Elle le fixa avec intensité, il ressentit tout le mépris et le dégoût qu’elle avait pour lui. Il reprit sa course effrénée. Ses pas le menèrent  finalement au Père Lachaise. Il estimait que là au moins personne ne l’ennuierait. Il s’enfonça donc dans les allées de tombes. Lorsqu’il estima qu’il était suffisamment loin de tout, que seuls les morts lui tiendraient compagnie, il s’arrêta enfin, et s’assit à même le sol. 

Un chat passa, sans prendre garde à Samuel. Les oiseaux chantèrent dans les arbres. Samuel retrouvait enfin un certain équilibre.

- J’t’avais dit qu’il était naïf ton pote. 

- C’est vrai, j’avais jamais fait gaffe. Limite un peu con presque.

- C’est vrai… un vrai connard !

Penché sur Samuel, Diya et Richard le regardaient avec mépris. Il avait envie de les frapper, d’en prendre un pour taper l’autre et de ne s’arrêter que lorsqu’il ne resterait d’eux qu’une petite bouillie purpurine. Mais l’idée avait quelque chose de dérangeant. Il voulait juste qu’ils foutent le camp.

- Mais lâchez-moi putain, si vous m’aimez pas, barrez-vous, ou dites-moi ce que vous voulez !

- Ça sent le mec qu’a jamais rien foutu de ses dix doigts, assura Diya à Richard sans même regarder Samuel.

- T’as pas idée, c’est l’assisté total. Il n’y a que pisser qu’il fait tout seul, et encore.

- Je vous emmerde, je vous emmerde, j’vous chie dessus ! hurla Samuel, faisant se retourner une vieille dame venue arroser la tombe de son mari, et qui le fixa également d’un air de dégoût.

- T’aggraves ton cas connard, répondit Diya, le visage sombre.

- C’est sûr qu’on est assez loin de l’excuse traditionnelle, ajouta Richard, que la situation semblait amuser.

- J’vous emmerde…

Ces derniers mots n’étaient qu’un souffle, ils étaient à peine sortis de la bouche de Samuel, il se sentait vaincu, abattu, terrassé par quelque chose d’insurmontable.

- Mais c’est un vrai baltringue en vérité.

- Ah bah, c’est pas le genre à se battre pour obtenir quelque chose, ça c’est sûr.

- Vas-y, Ça m’vénére encore plus là, sérieux.

- Bah, on s’habitue. Pi toutes façons, on le lâchera pas tant qu’on aura pas ce qu’on veut.

Résigné, Samuel regardait ses deux persécuteurs se moquer de lui. Peut-être qu’il prenait trop les choses à cœur, que s’il laissait courir, ils se lasseraient. Après tout, ils ne pouvaient pas passer leur vie à pourrir la sienne. Samuel regarda l’heure sur son portable, le temps avait filé, et son rendez-vous approchait. Lia ne lui pardonnerait pas son retard, même s’il devait supporter ses deux boulets, il n’avait pas le choix, il fallait se mettre en chemin.